SPECTACLE La Fabrique mécanique, automatique, c’est pratique ! Jusqu’au 13 janvier 2013

article publié originellement sur Radio VL

Happening de La Fabrique

Jusqu’au 13 janvier, le vingtième théâtre lève ses rideaux et nous dévoile un numéro bien surprenant. Ni vraiment une pièce de théâtre, ni tout à fait une comédie musicale, le collectif ‘la Fabrique’ présente son spectacle du même nom. Cette représentation, fruit d’un mélange de genres, appartient sans doute à la nouvelle génération de la scène artistique avant-gardiste. C’est un spectacle complet, synthétisant par exemple le rythme des musiciens de Stomp, aux bouffonneries d’une pièce de Molière avec la poésie de Dancer in the Dark ou d’une comptine d’enfant. Ils sont simultanément comédiens, musiciens, danseurs, chanteurs. De véritables Jox-box ! Ils ont l’air de robots, de surhumains. Une impression probablement due aux costumes et aux masques ‘à la Dexter’ en plastique et très pratiques de ‘la Fabrique’. Bienvenue dans l’univers d’un collectif loufoque et déroutant.

Le Medley Money

 Entretient avec Hugo Horsin, créateur du projet

«  ‘La Fabrique’ a été mise sur pied il y a presque deux ans. Nous sommes onze comédiens sur scène. A l’origine, ce n’était qu’un projet de fin d’études », nous confie Hugo.  Mais leur travail est vite récompensé et obtient le prix du meilleur collectif. Aujourd’hui étudiants au conservatoire, professeurs de théâtre, comédiens, réalisateurs ou photographes, les membres de l’équipe grandissent tout en permettant au collectif d’évoluer.

Ils sont français, russes ,chinois-suisse-libanais, réunionnais, uruguayens, ou italiens, et cultivent leur différences avec soin. Du choc des cultures résulte une équipe et à multiples facettes.

« C’est un spectacle dit ‘musicalo-clownesque’.» La flèche aiguisée du collectif transperce le temps et les points forts de l’histoire du septième art. Du cinéma muet des années 20 de Chaplin à la boulimie créative de Keaton Irving, en passant par les années 60 de Tati, la Fabrique retient également la force burlesque des années 70 du groupe des Marxs Brothers.

La compagnie exploite un humour de l’absurde, et un amour de l’irrationnel, utilisant notamment le comique pour évoquer une réalité sombre et des tabous qui leur tiennent à cœur. Ils dénoncent les externalités désastreuses de la globalisation et l’automatisme insensé d’un ‘vélo-boulot-dodo’ exacerbé. Aussi, ils aspirent à une prise de conscience.

Réveillons-nous!

 La Fabrique, mécanique, automatique, c’est pratique !

LA FABRIQUE Photo Fete (libre de droits)

Bande annonce du spectacle

Des sons étrangers émanent de la salle sombre du vingtième théâtre, la scène n’est pas encore visible. La lumière se dirige lentement sur ce théâtre expérimental digne d’une rencontre du troisième type.

Un Indien moustachu, affublé d’un turban, en costume trois-pièces en velours bordeaux, est affalé dans son fauteuil. Il n’a que pour seul confident son bonzaï, négligemment posé sur un piano minuscule en bois rouge laqué. Il sera le maître du temps de la pièce. Les aiguilles tournent furieusement sur le cadran de l’horloge.« Chop chop, timy, time to START ! »

Et la pièce peut commencer.

Cette histoire pourrait être issue de l’un de nos rêves les plus fous. Car c’est dans une réalité déformée et délirante que joue la Fabrique ce soir. Mais toujours la réalité. Aliénation au travail pour certains et à l’argent pour tous, c’est l’histoire du quotidien mécanique des ouvriers d’une usine déshumanisée qui nous est comptée ce soir. Et de leurs vies grisées par l’ennui et noircies par les abus de pouvoir.

Dans un monde sclérosé, enorgueilli par la mondialisation, des délocalisations sont effectuées à la chaîne, et détruisent les emplois des travailleurs qui perdent tout à coup leurs repères. Ainsi, Mme Madame la directrice, vend sans vergogne la Fabrique à M. Monsieur. L’usine ferme à tout jamais. Le coup de théâtre foudroie le moral déjà entaché de la troupe. Heureusement, la créativité et la musique s’éveillent dans le rôle d’un marchand de sable ambulant qui aidera l’équipe à faire face à leur destin et donnera un sens à leur vie.

Le groupe d’ouvriers se mue ainsi en une bête géniale et curieuse, une chorale ambulante essoufflée par son propre talent. Et Madame Madame, sous ses airs de maîtresse sérieuse et légèrement sadique, telle une chef d’orchestre, bat la mesure de cette chorale déjantée. La musique est partout : elle provient parfois du corps des acteurs ; de leurs mains ; de leurs pieds ; de leurs bouches, et d’autres fois mêmes, d’instruments ou objets en tout genre manipulés avec adresse. Scènes comiques ou dramatiques, entremêlées de medleys de chansons connues ou méconnues, mais toujours aussi entraînantes. Le public se tortille silencieusement sur son fauteuil tout en mimant de sa bouche les paroles concernées.

A la charnière du cinéma muet et du burlesque, la parole – soit nécessaire, soit éteinte – perd sa syntaxe. Alors les personnages poussent des cris de souris, s’esclaffent en français, pouffent en anglais, s’agitent en russe, bourdonnent en allemand, bavassent en italien. Ils jouent, grimacent, sautillent, fourmillent, gesticulent et s’agitent sur un décor démontable digne d’un jeu de lego.

Des évènements extraordinaires ne cessent de faire irruption sans raison, sans que la cohérence n’ait le temps de s’installer.  La silhouette fébrile d’Hercule sanglée d’une salopette courte et verte supplie le ciel de lui donner à manger ; un visage sur poudré de blanc cherche à se faire embrasser ; des souliers rouges vernis font des claquettes ; les parapluies fleurissent sur scène.

Le résultat est aussi poétique qu’une pluie de perles de polystyrènes déversées par la trompe mince d’un arrosoir d’enfant, tombant langoureusement dans une lumière froide et bleuté, sur la bande son d’un drame aquatique.

Finalement, la fin de l’histoire débarque sans prévenir, et les notes de la mélodie finale s’évanouissent peu à peu. La conclusion de la pièce résonne en écho entre nos oreilles. « Maaad World. »

« Chop chop, timy time to sleep. »

 Comme des musiciens qui ne perdent pas le ton, les héros de la Fabrique n’auront pas fini de vous surprendre. Désormais, le collectif a fait ses preuves, et on attend avec impatience la suite.

 LA FABRIQUE Photo Groupe (libre de droits)

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