CULTURE TV The Hunger Games version télé réalité : quand on va trop loin

Article publié originellement sur Radio VL

Que demande le peuple ? Du pain et des jeux ! Que demandent les producteurs ? Du profit ! Visiblement, ils ont trouvé le moyen de se mettre d’accord.

En revanche, il faudrait peut-être légèrement modifier la prière des gladiateurs qui se donneront en spectacle pour divertir la foule. La nouvelle traduction de ‘morituri te salutant’ sera désormais : ‘ceux qui vont détruire leur vie sociale et perdre leur dignité vous salue’.

Cela n’empêchera pas la télé réalité de voir le jour dans les années 2000. A l’époque où les martiens devaient envahir la planète, ces nouvelles ‘émissions’ fleurissent sur les chaines télévisées.

Finalement, on ne s’était pas vraiment trompé en ce qui concerne les aliens.

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« Une télé qui met en scène la réalité quotidienne de candidats communs, normaux? Mais quelle brillante idée ! » De Big Brother (aux Pays Bas et en Angleterre), à notre Secret Story, ce nouveau concept très vendeur séduit à l’unanimité – ou presque – un public savourant toutes les variantes du nouveau genre que les producteurs servent à toutes les sauces. Si certaines partent d’une bonne intention, comme dénicher de nouveaux talents, les autres semblent avoir moins d’intérêt.

Grâce à eux, M et Mme Toulemonde peuvent partir à l’autre bout de la planète, gagner un concours, apprendre à cuisiner ou à jouer à la célébrité. Parfois à mi-chemin entre le racolage et la pseudo-cyber-histoire d’amour ; d’autres fois plus convaincant que le lot CV/lettre de motivation et plus rapide que pôle emploi, on pourrait croire que la télé a pour vocation de panser les plaies de notre société, et de nous aider à trouver travail, famille…

Ils vendent leur âme contre le succès. A l’origine, les producteurs nous avaient promis de filmer la réalité, toute la réalité, rien que la réalité, 7j/7 et 24h/24. Mais quand les premiers bourgeons de télé réalité éclosent, une triste nouvelle envahit la scène médiatique et les spectateurs sont en émois. « Les protagonistes jouent un rôle, et ne sont pas rémunérés à la juste valeur de leur travail ! »

Il faut dire qu’auparavant, leurs salaires étaient proportionnels à leurs talents de comédiens. Pauvres petits bouchons. Qu’à cela ne tienne, ils seront désormais grassement payés (de 3000 à 150 000 en fonction de l’émission et de la durée) et vendront leur âme au diable contre un petit morceau de succès éphémère.

Entre la fiction et la réalité, entre le naturel et l’orchestré, la télé réalité répète les mêmes clichés au fil des saisons et couvre un panel d’émissions toujours plus large. Elle étale ses domaines de prédilection comme de la confiture sur une tartine trop grande. Au début, on mettait simplement ces rats de laboratoire tirés à quatre épingles dans un loft, un château, ou une ferme, on secouait, et on laissait décanter légèrement, avant de servir tout ça bien chaud aux téléspectateurs. Aujourd’hui, on leurs fait faire un peu tout et n’importe quoi. Des dîners presque parfait à l’amour dans le pré, on les envoie à Miami, Marseille, et même à l’autre bout du monde, avec leur compagnon respectif, pour s’enterrer dans une île paradisiaque remplie de célibataires émoustillés.

Et tout cela provoque le remue ménage médiatique de journalistes des papiers du cœur qui se nourrissent des soubresauts de ces émissions et tentent de prolonger le buzz : (pourvu que ça vende!) truc et bidule de la Star ac’ se sont mariés, le Geek tout-pas-beau à largué Barbie princesse. Et ça continue encore et encore, et les spectateurs sont toujours aussi affamés.

Un nouveau genre à la lisière du cinéma et de la réalité. Grâce à la télé réalité, les candidats jouent le même rôle en dedans qu’en dehors de l’écran plat. Il n’y a même plus besoin de rédiger des dialogues (ils improvisent seuls comme de vrais comédiens !)

Un genre étrange qui perdure et tire vers le bas. La néo-télévision est un terme péjoratif associé à la télévision depuis les années 80. Emissions décadentes, télé réalité, pipolisation latente. Autant de programmes consistant à placer les peoples et hommes politiques au devant de la scène médiatique envahissent les chaines et font des malheureux. Si bien que le cinéma s’en mèle ! De Peter Weir dans son Truman show à Matteo Garonne dans sa Realita, les réalisateurs nous envoient en pleine face les problèmes qui sclérosent notre société d’incultes couch potatoes, causés par une télé-poubelle qui aurait bien besoin d’une cure de culture. L’engouement collectif de ce genre ‘moderne’ et universel serait une preuve du passage d’une société de réflexion à une société de réflexe, zappant abondamment sur la manette sacrée.

En effet, l’audience est au beau fixe pour ces émissions qui cultivent la bêtise, et où candidats disent beaucoup d’âneries ‘avec un grand A’. Très connues ou totalement anonymes, ils constituent, nous dit-on, le miroir souvent peu glorieux du pays concerné. Comme quoi, la normalité est définitivement le mot d’ordre d’aujourd’hui.

« Big brother ne nous fait pas peur! », semblent crier d’une même voix producteurs et spectateurs, pas le moins du monde effrayés par la société de surveillance, dotée d’un voyeurisme exacerbé que George Orwell imaginait déjà dans 1984. Le genre de société dans laquelle les chaînes de télévision pourraient diffuser sans honte la vie intime de leurs pantins poussés à bout et pris au piège dans leurs scénarios mal ficelés.

C’est certainement enrichissant d’un point de vue anthropologique, mais quand Truc Chouette a fait mille papouilles à toutes les nénettes, y’a plus rien à voir! Alors on circule SVP ! Et on passe à un autre programme égalant les prouesses intellectuelles du premier.

« Ils sont drôles ces gens-là ! On les regarde pour se décomplexer, et ça fonctionne ! On se sent plus beau, plus intéressant, plus intelligent, plus cultivé. On n’est pas comme eux ! Ah non hein ! » Le besoin pathologique de voir ‘le pire’ pour se sentir le mieux semble être l’unique motivation du public. On lui admet donc une vertu cathartique, sans oublier que de la même façon que l’on est ce que l’on mange, on devient ce que l’on regarde.
Preuve que l’on peut avoir une mauvaise image mais une grande notoriété, la télé réalité ne cesse ne nous surprendre. Marquant partout son territoire de sa langue molle et baveuse, elle prend des visages sans arrêt différents, démultipliés par les producteurs qui vont toujours plus loin dans leurs fantasmes pour séduire un public qui demande toujours plus.

Mais à quel prix cette fois ?

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Un nouveau tintinmarre médiatique à ce sujet verra bientôt le jour, alimenté cette fois par des producteurs américains qui ont eu l’idée presque géniale d’adapter en télé réalité The Hunger Games, un roman de l’américaine Suzanne Collins, qui a obtenu le prix du ‘best book of the year’ en 2008, et réalisé en film par Gary Ross cette année. Grosomodo, le principe – très trivial – est de mettre en scène une véritable chasse à l’homme. Les candidats vivent dans une forêt et doivent se trouver les uns les autres, à l’aide d’armes qu’ils auront trouvé ou fabriqué eux-mêmes, dans le silence le plus total, tapis dans l’ombre…
Le but serait-il de s’entretuer devant les caméras ? Il semblerait que la télé réalité ait atteint ses limites et que les producteurs se retrouvent pris à leur propre jeu.

‘Télé réalité’, terme qui prophétise bien l’amalgame que fera désormais le public entre la télévision – autrement dit le cinéma, les jeux télévisés – et la réalité. Mélange donc plutôt indigeste de genres, pourtant ingurgité massivement et consciemment par un public très accro. Finalement, la télé réalité serait-elle le reflet de notre société, ou le miroir aux alouettes, piégeant tout le monde, aussi bien les spectateurs que les candidats ou les producteurs.

On irait pas un peu trop loin là ? (En même temps, puisque ça fait vendre…)

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