MUSIQUE ≠FAUVE : le collectif à coeur ouvert qui aurait plu à Baudelaire

article originellement publié sur Radio VL

Précautions d’emploi : Appuyer sur play et regardez, écoutez attentivement. Ne vous laissez pas éconduire par la violence verbale des textes, pourtant dotés d’une poésie maladive, car dans chacun d’eux se cache un message précieux. Des mots délivrés, jamais censurés, des paroles crues, « spleenesques », faussement idéales… Une large bande son d’un monde apocalyptique. Soyez les bienvenus dans l’univers déroutant de ≠Fauve, un groupe aux influences variées (punk, rap, jazz, pop, les Beatles, Dylan, le Wu Tang…) qui chante comme il respire une pop décalée aux allures de slam déguisé. Aujourd’hui, ils sont cinq : quatre musiciens et un vidéaste. Mais c’est un collectif ouvert, alors demain, ils seront peut-être quinze. Ce n’est pas ça l’important. L’important, c’est de filmer leur logorrhées pour qu’elles soient utilisées, pour eux-mêmes et leur public, à des fins thérapeutiques. En bref, leur musique est un véritable exutoire, et pour notre plus grand plaisir.

Exemple 1 : Les nuits fauves (à ne presque pas confondre avec le film de 1992)

http://www.youtube.com/watch?v=oHvQUGD2a0I


fauve 3

Offre-moi dès ce soir
Ta peau brune et tes lèvres mauves
Tes seins / tes reins / tes cheveux noirs
Et qu’on se noie dans les nuits fauves

En échange de tout ça
Je t’offre ce dont je dispose
Mon corps / mon âme / prends tout / tout de suite
Et qu’on se noie dans les nuits fauves

On leur reproche une sexualité débridée usant trop vite le corps, sans scrupules et sans regrets. A croire que ces jeunes se pensent nés pour une vie en abrégé. Mais ne serait-ce pas là le reflet d’une société tellement égoïste qu’elle se plonge elle-même dans la solitude ? D’une société qui a peur d’un avenir compromis ? D’un futur truffé d’ornières ?

Ces symptômes ne toucheraient-ils qu’une élite parisienne ? Une jeunesse européenne ? L’humanité entière?

Tout le monde veut la même chose
Même les travelos rêvent du prince charmant
Et pourtant / on passe notre temps
A se mettre des coups de cutter dans les paumes
A trop mentir / à force de dire :
« Par pitié, range la guimauve
Ecarte les jambes, je t’en supplie, me parles pas…
Laisse-moi seulement kiffer mon va-et-vient de taulard
Et m’endormir direct moins de trois minutes plus tard »

A force de faire tout ça, on croyait quoi ?
On se meurtrit / on fait l’amour comme on s’essuie
Quel gaspillage
Mais il faut pas que tu désespères
Perds pas espoir
Promis juré qu’on la vivra notre putain de belle histoire
Ce sera plus des mensonges
Quelque chose de grand
Qui sauve la vie / qui trompe la mort / qui déglingue enfin le blizzard

C’est l’histoire d’un texte déroutant, qui s’asservit de locutions triviales, pour brosser le portrait d’une génération qui ne fait pas l’amalgame entre le sexe et l’amour. Mais qui espère le faire un jour.

C’est l’histoire d’une meute de jeunes adultes qui, les paupières à peine déchargées d’un sommeil sans rêves, se jettent à corps perdu dans les nuits fauves.

C’est l’histoire d’une communauté parisienne invoquant quotidiennement le plaisir charnel qu’elle utilise comme moyen supplémentaire pour s’oublier, tant elle se sent seule. De l’ivresse solitaire ou solidaire à l’ivrognerie éternelle, leur histoire est comme un comte du cauchemar qui n’aurait pas de fin. Le désespoir, oui. Mais un désespoir anxieux et sensible, si beau qu’on passerait la nuit à l’écouter.

Étonnamment, chacun à sa manière se sent concerné par leurs textes. Finalement, on cherche tous les nuits fauves.

Tu connaîtras les nuits fauves / je te le promets
Elle sera tigre en embuscade quand tu viens te glisser sous ses draps
Tandis que toi / tu feras scintiller tes canines / lorsqu’elle enlève le bas
Elle t’offrira des feulements dans sa voix lorsqu’elle reprend son souffle
Qui s’échappent dans la cour pour aller faire gauler la Lune
Des coups de bélier / invoqués comme un miracle
Et qui veulent dire : « Si tu t’arrêtes, je meurs »
Toutes ces choses qui te la feront raidir / rien qu’à te souvenir
Pour le million d’années à venir

Et pour le reste … http://fauvecorp.com/videos

fauve 4

« Le paradis par la pharmacie, les boissons fermentées, comme un maniaque qui remplacerait les meubles solides et des jardins véritables par des décors peints sur toile et montés sur châssis. » Baudelaire, les Paradis Artificiels.

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